Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/04/2004

Parce qu’il savait mener les hommes et… manier le crayon, Félix Gaudin, officier d’artillerie reconverti au travail du verre, a conduit son atelier clermontois a la conquete du monde.


Illustration
Félix Gaudin en 1880-Collection particuliere

Félix Gaudin est né en 1851 a Paris. Quand éclate la guerre de 1870, il s’engage dans l’armée et devient officier. En 1877, il est affecté a Clermont-Ferrand au 36e Régiment d’artillerie. Heureux hasard qui décidera de sa célébrité clermontoise ! En effet, en aout 1879, il reçoit un héritage qui le pousse a se lancer dans les affaires : il achete l’atelier de peinture sur verre créé par Émile Thibault, au 55, cours Sablon et devient le chef d’une entreprise de douze personnes. Ses capacités de meneur d’hommes, développées dans l’armée, se révelent bien utiles pour conduire l’entreprise qui devient vite la plus grosse maison de vitraux de Clermont-Ferrand. Il dirige l’ensemble avec un sens aigu des affaires et de l’innovation, en introduisant l’image (ce qui était alors exceptionnel) dans ses annonces publicitaires. Il participe a des expositions dans toute la France mais aussi a l’étranger, en Louisiane, a Chicago, Saint Louis… obtenant partout de nombreuses médailles.
L’atelier produit des œuvres pour des édifices religieux et des maisons particulieres a Clermont (plus de cinq cents vitraux clermontois provenant de l’atelier Félix Gaudin ont été répertoriés par Jean-François Luneau), en Auvergne, en France (dans plus de vingt départements) et bien au-dela de nos frontieres.
A Clermont-Ferrand, l’essentiel des vitraux de la nef de Notre-Dame-du-Port sort de son atelier ainsi que les mosaiques du mausolée de l’abbé Géraud Cluzel en l’église Saint-Joseph. L’une des chapelles sud de la nef de la cathédrale est célebre pour le vitrail < des éveques >, sur lequel figure une inscription latine signifiant : < En regardant ce vitrail, souviens-toi dans tes prieres du verrier Félix Gaudin de Clermont-Ferrand. > De belles demeures privées possedent également des œuvres de l’atelier Gaudin, notamment cours Sablon. Le continent américain en conserve plusieurs, aux États-Unis mais aussi en Amérique centrale et du sud. Les vitraux du théâtre Colon de Buenos Aires et ceux de la cathédrale de Santa Fé au Nouveau Mexique en sont quelques exemples prestigieux.
En 1890, Félix Gaudin achete a Paris, un autre atelier qui emploie six personnes. En 1892, il décide de vendre l’entreprise clermontoise pour se consacrer entierement a son activité parisienne et s’installe définitivement dans la capitale. Ses productions acquierent une plus grande qualité artistique grâce au talent de grands dessinateurs parisiens employés ponctuellement. En 1900, il participe a l’Exposition universelle de Paris ou il obtient un Grand Prix ainsi que deux médailles d’or et d’argent.
Malgré une grande notoriété et une activité professionnelle florissante, Félix Gaudin n’oublie pas sa premiere vocation militaire. En 1914, au moment de l’entrée de la France dans la guerre, son fils est déclaré inapte au service national. Dans un élan patriotique, Félix Gaudin décide de le remplacer pour partir au front : il a soixante-trois ans. Photographe amateur (il a créé la Société des photographes amateurs d’Auvergne), il rapporte un carnet de photos qui témoigne de la vie quotidienne des Poilus sur les champs de bataille.
Félix Gaudin meurt a Paris en septembre 1930.

 

Texte écrit avec la collaboration de Jean-François Luneau, auteur d’une these qui sera publiée en 2004 aux Presses Universitaires Blaise-Pascal (PUBP).