Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/02/2003

1789 : la Révolution avance, bouleversant totalement les institutions. La charge de maire, vénale jusqu’alors, devient la première fonction municipale élective. Une forte personnalité prend les rênes à Clermont-Ferrand : Jean-François Gaultier de Biauzat.


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Jean-François Gaultier de Biauzat.
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Le peintre David a représenté Gaultier de Biauzat dans son célèbre tableau Le Serment du jeu de paume (une reproduction orne le mur de l’Hôtel de Ville, dans les escaliers qui montent à la salle Michel-de-l’Hospital).

Né le 22 octobre 1739, Jean-François Gaultier de Biauzat est le quinzième enfant d’une famille bourgeoise de Vodable, propriétaire du fief de Biauzat. Après des études chez les jésuites de Billom et de Toulouse, il devient l’un des plus grands avocats de la capitale auvergnate, réputé pour ses “Doléances sur les surcharges que les gens supportent en toute espèces d’impôts”. En 1787, il estélu membre de l’assemblée provinciale d’Auvergne, et deux ans plus tard, le 25 mars 1789, désigné comme député du tiers-état auxÉtats généraux réunis à Versailles par le roi.

Son abondante correspondance permettra aux Clermontois de suivre pas à pas la marche vers la Révolution. Ses lettres étaient, en effet, lues en public dans la salle de spectacle de la ville. Une plaque apposée sur sa maison, 40, rue de Ballainvilliers, rappelle cette période.

En janvier 1790, lors du partage du royaume en départements, Gaultier de Biauzat intervient pour que le nom de Puy-de-Dôme soit accepté plutôt que celui de Mont-Dore (qu’on écrivait alors Mont d’Or), initialement choisi, “afin d’éviter que l’on ne conçoive l’idée de richesse en prononçant son nom et pour prouver qu’il est plus facile d’y peser l’air que lesécus” (allusion aux expériences sur la pression atmosphérique menées, en 1648, au sommet du puy de Dôme par Blaise Pascal).

Lorsque la municipalité clermontoise est élue en 1790, Gaultier de Biauzat en prend la tête en obtenant 1043 voix sur 1328 votants et y reste jusqu’en 1791. Réformateur humaniste, il refuse certains excès de la Révolution et, se retrouve pour cette raison, en janvier 1794, dans les prisons de la Terreur. Il ne doit son salut qu’au coup d’État du 9 thermidor qui élimine Robespierre, Couthon et Saint-Just. De retour aux affaires, il réintègre, d’octobre 1794 à juillet 1795, la mairie de Clermont-Ferrand. Confrontée à une disette, il la gère avec fermeté et psychologie.

Également professeur d’économie politique et de législation, juge au tribunal de cassation et député du Puy-de-Dôme au Conseil des Cinq-Cents, Gaultier de Biauzat devient sous le consulat, juge à la cour d’appel de Paris. Il le restera jusqu’à sa mort, le 22 février 1815. En 1880, la Ville de Clermont lui dédie l’une de ses rues (anciennement rue Neuve-Sainte-Claire). Mirabeau a fait son éloge littéraire en ces termes : “Son cœur n’hésite point et vole sur sa bouche […] Sa réponse est simple et nous charme et nous touche […] Son maintien, son air seul peint l’ingénuité […] Avant qu’il la prononce, il dit la vérité”.

Le 5 mai 1889, alors que Clermont-Ferrand célébrait en grande pompe le centenaire de l’ouverture des États généraux, le maire Amédée Gasquet rendit un vibrant hommage à Gaultier de Biauzat :“Il fut l’un de ces grands bourgeois du XVIIIe siècle qui, nourris de fortesétudes et de mâles pensées, osèrent, au nom du droit et de la justice, entrer en lutte contre un absolutisme deux fois séculaire (et) jetèrent les fondements des libertés françaises…”

 

Texte écrit avec la collaboration d’Anne-Sophie Simonet, secrétaire générale des Amis du Vieux Clermont.