Une pluie battante, de la boue et un cadavre que personne n’arrive à mettre dans la tombe. Ne partez pas ! Vous assistez bien à la représentation de ce classique de Shakespeare, revisité par Thomas Ostermeier, qui, selon ses propres déclarations, souhaite « mettre un bon coup de pied aux fesses » d’Hamlet !
Metteur en scène de la Schaubühne de Berlin, figure du théâtre européen, invité d’honneur du Festival d’Avignon à plusieurs reprises, Ostermeier en propose une version ultra-contemporaine, à la fois burlesque et tragique, dans une nouvelle traduction condensée pleine d’acuité de Marius von Mayenburg.
Au menu : de la violence, de la fureur et des images filmées à la manière des chefs-d’œuvre muets du cinéma expressionniste. Décapant, jubilatoire.
Quant au sujet principal, il suinte de partout comme la phrase « être ou de pas être » utilisée tout au long de la pièce comme un leitmotiv wagnérien : la paranoïa d’Hamlet qui, empêtré dans ses réflexions, sombre à force d’inaction. Cet Hamlet enragé a laissé sans voix le public d’Avignon lors de sa création dans la cour du Palais des papes en 2008, impressionné, malgré la langue allemande*, par le jeu précis, physique et d’une rare intensité des acteurs.