Ville de Clermont-Ferrand

 

L’histoire de Clermont-Ferrand racontée par Pierre Laporte.

De Nemossos à Clermont-Ferrand

 La ville de Clermont-Ferrand est née de l’union de deux villes distinctes, Clermont et Montferrand, décidée par Louis XIII et confirmée sous Louis XV. Pendant longtemps, malgré les décisions officielles d’union, Clermont et Montferrand ont été des agglomérations séparées, de part et d’autre de l’actuelle avenue de la République, par un vide qui n’a été urbanisé qu’à une époque récente. Clermont et Montferrand furent, dans le passé, des villes très différentes.

Alors que Montferrand fut fondée au début du XIIe siècle par les comtes d’Auvergne sur le modèle des villes neuves du Midi, Clermont remonte à l’antiquité et prit rapidement le caractère d’une ville épiscopale. La plus ancienne mention de l’existence de Clermont figure dans l’œuvre de Strabon, au début du ler siècle. La ville est alors dénommée Nemossos et qualifiée de "métropole" des arvernes, ce qui démontre son importance. Au milieu du ler siècle, elle prit la dénomination d’Augustonemetum et connut une phase d’extension qui se termina au milieu du IIIe siècle.

Une ville essentiellement épiscopale

A cette époque, la ville gallo-romaine devait avoir une population comprise entre 15 000 et 30 000 habitants installés dans un périmètre de 5 à 6 kms. Ce qui fait de la ville l’une des plus grande de Gaule Romaine. Au milieu du IIIe siècle, la ville prit la dénomination d’Arvernis ou Arvenos. A la même époque de nombreuses villes de Gaule prirent le nom des peuples auxquels elles servaient de capitale. Au début du IVe siècle la superficie de la ville se réduisit selon un phénomène général en Gaule, mais il fut à la fois tardif et accentué à Arvernis. La ville eut alors une superficie de l’ordre de trois hectares qui pouvait contenir une population de 700 habitants environ. Elle était entourée d’une enceinte percée de cinq portes, qui subsistèrent à travers tout le Moyen-Age jusqu’à l’époque moderne. Leurs emplacements déterminèrent le tracé des rues lorsque la ville du Moyen-Age se développa.

Au milieu du Ve siècle l’évêque Saint-Namace installa dans la ville l’église épiscopale qui jusque là était établie dans le lieu occupé plus tard par l’abbaye de Saint-Alyre. Désormais la ville devint essentiellement épiscopale. Elle connut après la disparition de l’Empire romain, une période d’obscurité et de drames. Elle fut l’objet de rivalités entre les peuples qui envahirent la Gaule et ne fut pas épargnée par les Normands lors de l’affaiblissement de l’Empire carolingien.

Concurrents de l’évêque, les comtes, que les rois francs établis loin du centre de la Gaule ne contrôlaient que très imparfaitement, résidèrent dans la ville qui prit au cours du VIIIe siècle la dénomination de Clermont, donnée originellement à la partie la plus élevée de l’agglomération. La dénomination d’Arvernis subsista d’ailleurs dans les actes ecclésiastiques pendant plusieurs siècles encore. Au cours du Xe siècle les comtes d’Auvergne, devenus héréditaires, résidèrent à Clermont où ils possédaient un palais situé à l’emplacement de l’Hôtel-de-Ville ; et de la prison. Ils entrèrent rapidement en conflit avec les évêques. En définitive, ces derniers l’emportèrent avec l’appui des Capétiens.

Les luttes entre évêques et bourgeois

C’est pour contrecarrer la puissance de Clermont, ville épiscopale, que les comtes d’Auvergne établirent la ville de Montferrand au pied d’un de leurs châteaux. Au cours du XIIe siècle, la famille comtale d’Auvergne se divisa en branches ennemies. Cette circonstance émancipa l’évêque de la tutelle comtale pour la soumettre à celle du roi de France. Clermont fut désormais et jusqu’au XVIe siècle non seulement le siège épiscopal, mais également la capitale d’une seigneurie, le Comté de Clermont, sous l’autorité de l’évêque. Celui-ci eut alors, dans sa ville, à tenir compte de l’esprit de liberté des bourgeois.

Au Moyen-Age la ville de Clermont se développa à partir de l’enceinte aux cinq portes. Des quartiers se constituèrent puis s’entourèrent de murailles du côté du plat pays. A l’Est, un quartier s’établit le long d’un axe est-ouest, l’actuelle rue du Port ; avec son église, L’église Notre-Dame du-Port ; c’était le quartier du marché "Portus". A l’Ouest, deux quartiers se constituèrent : l’un le long d’une rue aboutissant à l’une des cinq portes située dans l’actuelle rue Tour de la Monnaie, l’autre le long d’une rue, l’actuelle rue des Chaussetiers à l’emplacement de la place Lemaigre.

Au Sud, un autre quartier se constitua autour de l’église collégiale Saint-Genès et de la chapelle Saint-Eloy, situées à l’emplacement de la rue Renoux. L’ensemble de ces agrandissements fut réuni par un rempart qui, à la fin du Moyen-Age, avait sensiblement le tracé des voies suivantes : avenue des États-Unis, place Gaillard, rue Saint-Hérem, place de la Poterne, rue Claussmann, Place d’Espagne, place Delille, boulevard Trudaine, place Michel de l’Hospital, rue Maréchal Joffre, rue Ballainvilliers, boulevard Léon Malfreyt, rue Georges Clémenceau, boulevard Desaix, place de Jaude. Ce rempart laissait hors de la ville des faubourgs comme par exemple celui de Fontgiève. C’est à l’intérieur du tracé des anciens remparts que sont situés les restes du Vieux-Clermont. Sortant tout juste de la guerre de Cent Ans et de son cortège d’épidémies, dont la Peste Noire, meurtrière pour des milliers de personnes jusqu’au milieu du XVe siècle, suivie par unêtremblement de terre le 1er mars 1490, dont la cathédrale gardera les traces à jamais. Clermont panse ses blessures. Les habitants surmontent difficilement ces épreuves. Les premières murailles autour de Clermont datant du IIIe siècle et de son ancêtre Nemossos, les autochtones sont donc habitués à être protégés de toute part. En effet, de nouvelles murailles remplacent les premières précisément pour cette Guerre de Cent Ans. Le cœur de la ville n’est alors accessible qu’au moyen d’un labyrinthe de ruelles entremêlées se rejoignant par de multiples portes.
Les commerçants, quant à eux, se chargent de faire de Clermont la ville riche qui attisera les rivalités entre les Comtes et les Evêques du XIIIe au XVIe siècle. La richesse des banquiers, apothicaires, notaires, orfèvres, couteliers, bouchers, pousse les magistrats municipaux à hâter le rapprochement avec le pouvoir royal, au détriment de l’épiscopat.

Clermont, comme toute l’Auvergne eut à souffrir des désastres et des désordres de la guerre de Cent ans d’autant plus que la ville se trouva souvent proche de la frontière de la Guyenne anglaise.

Une fois les conséquences de la guerre de Cent ans réparées, la seconde moitié du XVe siècle fut marquée essentiellement par les luttes entre les évêques et les bourgeois et par la place tenue par la ville dans les réunions des États du Bas Pays d’Auvergne.

Le XVIe siècle fut pour Clermont une époque de transformation et de progrès. Catherine de Médicis à la suite d’un procès au Parlement dirigé contre l’évêque, en l’espèce Guillaume Du Prat, en qualité d’héritière des anciens comtes d’Auvergne, devint dame de Clermont. L’évêque était désormais réduit à son rôle spirituel. Catherine de Médicis augmenta les libertés municipales, accorda à Clermont une Sénéchaussée d’abord seigneuriale puis royale, rivale dès lors de la Sénéchaussée établie plus anciennement à Riom, et fonda une juridiction consulaire. Clermont eut peu à souffrir des guerres de religion. Alors que la plupart des villes d’Auvergne adhéraient à la Ligue, elle resta fidèle au roi. Au début du XVIIe siècle, le mouvement de réforme catholique provoqua la création, hors de l’enceinte, de nombreux établissements religieux dont la présence ne fut pas sans influence sur le développement ultérieur de la ville : Minimes, Augustins, Hospitalières, Bernardines, Visitandines, Capucins, Bénédictines, religieuses de l’Eclache, Charitains.

Le XVIIe siècle apporta à Clermont une Cour des Aides, celle qui se trouvait établie jusque-là à Montferrand, et un collège de Jésuites, alors que les notables de la ville avaient une prédilection pour le Jansénisme. En 1665 se tinrent à Clermont les fameux Grands Jours d’Auvergne dont une alerte chronique nous a été laissée par Fléchier. Au XVIIIe siècle, les Intendants de la Généralité de Riom, établis à Clermont, stimulèrent des travaux d’urbanisme dont les principaux furent la transformation de l’emprise des remparts et des fossés en voies publiques. Quant au dégagement de la Partie centrale, il ne putêtre entrepris qu’à l’issue de la Révolution.

En effet, cette opération, qui aboutit à la création de la place de la Victoire, ne pouvaitêtre menée à bien qu’à condition d’utiliser l’emprise des bâtiments ecclésiastiques, notamment épiscopaux, qui se trouvèrent aliénables, comme biens nationaux, à la suite de la Révolution.

Les rues anciennes

La partie ancienne de Clermont se trouve délimitée par le tracé du rempart tel qu’il était constitué à la fin du Moyen-Age. La partie centrale comportait de nombreux bâtiments ou enclos dépendant de l’Évêché ou du Chapitre. Ils ont disparu pour permettre le dégagement de la cathédrale et l’établissement de la place de la Victoire. Entre le tracé du rempart de la fin du Moyen Age et le sommet de la butte où est situé Clermont, les rues sont dans l’ensemble rayonnantes et aboutissent dans la partie centrale par des cheminements imposés par les circonstances historiques, notamment par l’emplacement des cinq portes. Les rues anciennes sont surtout : la rue de la Boucherie prolongée par la rue Tour-la-Monnaie, la rue des Gras qui primitivement venait buter contre le porche de la cathédrale, la rue des Chaussetiers, la rue Pascal, la rue du Port.
Pierre Laporte