Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/09/1998

"Il n’y avait que peu de place où se sentir réellement citadin dans le Clermont de mon enfance", racontait Pierre Balme en 1937 (*). Les vergers occupaient alors d’immenses territoires aujourd’hui urbanisés. Véritables garde-manger de la population, ils furent aussi à l’origine d’industries florissantes dans le domaine de la confiserie.


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Une "réclame" pour la confiserie Cromarias – Collection Louis Saugues.
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Installée dans les anciens faubourgs, l’institution Saint-Alyre a conservé un grand jardin.

Les ordres religieux qui prospéraient dans la ville épiscopale cultivaient de vastes espaces autour de leurs bâtiments. Hormis celui de l’institution Saint-Alyre, ils disparurent progressivement après la Révolution. Ces jardins privés restèrent longtemps florissants. Ils fournissaient les citadins en légumes, fruits et fleurs. Au début du siècle, les vignes s’étalaient encore sur les côtes, les jardins enserraient les boulevards, touchaient aux barrières de l’octroi par les maraîchers de Rabanesse, des Salins, de Beaurepaire et les vergers de la Tiretaine. Les cultures pénétraient encore plus avant par les multiples jardinets des faubourgs.

Derrière Jaude et à l’emplacement de l’ancienne usine Bergougnan, on cultivait des fleurs à perte de vue, vendues rue Blatin, et sur le terrain qu’occupe la Banque de France, on récoltait l’angélique. Les confiseurs surent faire prospérer cette richesse, multipliée par les arrivages de pommes, de poires, de fraises et surtout d’abricots en provenance de Durtol, Ceyrat et Nohanent. Leurs confitures et fruits confits furent renommés pendant des siècles, comme le souligne Ambroise Tardieu dans son "Histoire de Clermont" parue en 1870. "Aucune ville n’est mieux placée que Clermont pour l’industrie des confiseries", rapporte-t-il.

"Le sucre indigène peut suffire à alimenter de vastes usines. La réputation de nos produits est établie depuis longtemps en France, mais aussi en Amérique. "Du XVe au XIXe siècle, la Ville offrait ces fameuses confitures sèches en présents à ses visiteurs de marque, comme Richelieu en 1629. Pierre Delaunay se souvient encore des confiseries Vallon de la Villette et Prunière, Cromarias, Roussel et Pochet-Lagaye. Elles s’étaient installées rue Blatin et rue Lamartine à proximité de l’octroi et de la Tiretaine. Située sur le boulevard François Mitterrand, la maison Humbert jouissait des mêmes avantages.

Pour transporter leurs marchandises, les confiseurs utilisaient des "camions attelés" tirés par des chevaux qui prenaient leur bain au pédiluve, à l’emplacement de "la poudrière" où passait un bras de la Tiretaine. Les deux guerres ont bouleversé la cité-jardin. L’essor industriel qui s’ensuivit provoqua un afflux de population. Les immeubles remplacèrent les jardins et plus tard la Ville implanta des espaces verts. Certains confiseurs ont disparu, mais les pâtes de fruits d’Auvergne bénéficient toujours d’une excellente réputation.

 

(*)-Extrait d’"Enfances" ( L’Auvergne littéraire - 5e Cahier, 1937), reproduit dans le numéro 15 du "Vieux Clermont" d’avril-mai-juin 1963.