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La fontaine pétrifiante des grottes du Pérou de Saint-Alyre : Plus de deux siècles de savoir-faire

Fiche du : 01/05/2000

Les sources pétrifiantes qui arrosent le quartier Saint-Alyre ont fait jaillir au cours des siècles d’étonnants phénomènes comme ce pont naturel qui suscita une si grande curiosité*.

 
Illustration
Puis l’homme, ayant compris le processus de formation, décida de l’utiliser pour recouvrir des objets... Au fil des décennies, un métier d’art original a été mis au point. En 1665, Fléchier écrit, dans Mémoires sur les Grands Jours d’Auvergne : "Les feuilles et les bâtons qui tombent par hasard ou que l’on jette exprès dans cette eau, durcissent insensiblement et se couvrent d’une écorce…". L’idée est née. Peu à peu, au lieu d’avoir des dépôts anarchiques et grossiers, on s’essaie à des réalisations plus harmonieuses. En 1734, Chomel, dans son Traité des eaux minérales, évoque "des grappes de raisin, des tiges de bouillon-blanc et d’autres plantes pétrifiées". Il restait à aménager les fontaines pour favoriser le dépôt, ce que s’empresse de réaliser le sieur Clémentel, propriétaire de l’ensemble des sources. Un petit artisanat d’art apparaît qui ne va cesser de se perfectionner. Aux environs de 1830, la propriété se partage par héritage en deux, séparant la fontaine des grottes du Pérou (peïrou, en auvergnat, signifie la pierre) de celle du Pont naturel utilisée en source thermale*. En 1932, les descendants de M. Clémentel vendent la fontaine des grottes du Pérou à la famille Papon -alors propriétaire des sources de Saint-Nectaire- qui l’exploite encore aujourd’hui. Le principe ? Lors de l’arrivée de l’eau à l’air libre, le carbonate se précipite sous forme de cristaux aux grains grossiers puis de plus en plus fins. À partir de ces observations, des installations, bassins et échelles sont construits et un long travail de patience, de recherche et d’essais est mis en œuvre pour obtenir des résultats de plus en plus artistiques. Au début, on procédait au recouvrement des objets par quelques millimètres de calcaire. La seule intervention consistait à les retourner régulièrement pour obtenir un dépôt uniforme. Des animaux naturalisés furent également pétrifiés puis des mannequins habillés de costumes locaux (que l’on peut voir encore sur la pelouse de l’établissement). Au début du XIXe siècle, une nouvelle méthode de travail, beaucoup plus complexe, commence : l’incrustation sur moulage, qui consiste à obtenir un dépôt très fin et extrêmement régulier sur un moule qui fut d’abord en soufre puis en gutta-percha (une gomme végétale naturelle), réalisé à partir d’un original en cuivre. La méthode s’est perfectionnée au fil des ans jusqu’à obtenir des bas-reliefs quasiment translucides, d’une couleur proche de celle de l’ivoire. Cette teinte est donnée par l’oxyde de fer contenu dans l’eau que l’on épure plus ou moins, selon le résultat désiré, en la faisant circuler dans des canaux remplis de copeaux de bois. Ce savoir-faire acquis au cours des deux siècles précédents continue à produire des tableaux traditionnels, illustrant pour la plupart des scènes de la vie paysanne. Il s’est mis au service aussi de la création contemporaine. Des artistes, issus notamment de l’Ecole des Beaux-arts, se sont intéressés à la richesse des possibilités offertes par ce phénomène naturel, pour élaborer des œuvres personnelles et originales dans le monde de l’art d’aujourd’hui.

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