Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/12/2001

Alexandre Vialatte habita pendant quelques années à Clermont-Ferrand et lui resta fidèle jusqu’à sa mort, à travers, notamment, les chroniques de La Montagne. Le portrait qu’il brossa de notre ville dans les années trente, ne fut pas toujours flatteur, mais toujours pertinent. Dans une de ses nombreuses conférences, son ami, André Desthomas, évoque la période clermontoise de Vialatte et sa vision "irréfutable" de la ville. Voici quelques extraits, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.


Juillet 1929… Sur la place de la Victoire, une température de 37° à l’ombre a été enregistrée pour la Fête nationale. Température record, jamais atteinte au 14 juillet depuis le début du siècle. Quelques jours auparavant, Alexandre Vialatte, qui vient de publier Battling le Ténébreux a épousé une grande et belle fille brune de cinq ans son aînée : Hélène Gros-Coissy, lauréate de l’École des surintendants et qui, en 1928, a créé le service social des usines Michelin. Hélène et sa mère avaient trouvé alors, dans le vieux Clermont, un appartement situé au 5, rue Thomas.

Dès le mariage d’Hélène et Alex, la maman Gros-Coissy était repartie à Paris, afin de laisser le jeune couple vivre sa lune de miel dans cette maison. Une maison à plusieurs niveaux comportant, sur le devant, une sorte de pièce en sous-sol dont Alex allait faire son bureau. De la fenêtre, très basse, la vue donnait sur un petit jardin d’une douzaine de mètres carrés, limité au bord de la rue par une porte d’entrée et un mur en partie grillagé… "C’est de cette "caverne", disait Vialatte avec ironie, que j’ai découvert Clermont et ses environs…. Mais, ajoutait-il, de l’étage supérieur, nous avions une vue panoramique sur le tribunal et la prison d’un côté, sur les flèches de la cathédrale de l’autre

." Avec plus de sérieux, Alex se félicitait que la place de la Poterne soit à deux pas : il pouvait alors, depuis cet observatoire naturel, "s’imprégner d’un paysage somptueux avec, à ses pieds, une partie de l’agglomération clermontoise et, à portée de main, le majestueux puy de Dôme". Il resta cinq ans à Clermont pour s’imprégner de la vue de "cette reine noire du caoutchouc clouée à l’horizon sur sa butte ténébreuse par les deux flèches de sa cathédrale couleur d’orage…

Cette ville est encore toute noire d’avoir conçu Blaise Pascal. Elle est bâtie en lave de Volvic, matériau janséniste, obscur et résistant… Tout autour, des horizons de gaze, d’aquarelle, de grandes vacances." "Clermont travaille, mange et prie", écrit-il dans La Basse Auvergne. Évoquant le vieux Clermont de l’époque, il parle de "ce lacis de ruelles noires qui se tordent et s’enchevêtrent autour de la cathédrale comme un paquet de lacets de souliers. L’ombre de Pascal les glace encore d’un frisson.".

Pour Vialatte : "Clermont est une ville à surprises, pleine de trappes d’où tout peut sortir, une ville souterraine, une ville de cryptes et de caves à triple étage. La rue du Port, la rue des Gras, les Halles, le marché aux poissons forment des souks caverneux et grouillants, hétéroclites et discuteurs. Un réseau touffu de capillaires, comme la rue de la Boucherie, relie entre eux ces organes congestionnés". Et c’est ainsi que Clermont est grand !