Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/02/2000

Né à Lyon le 4 décembre 1881, Francisque Burillon tenait le café de Paris, place de Jaude, depuis 1905. Pour donner plus de caractère à sa terrasse, il avait eu la bonne idée d’engager une équipe de Guignol lyonnais en 1909. Plus de 600 personnes accouraient dès le premier jour. "Et tant que les représentations durèrent, ce fut le même succès", rapporte un chroniqueur. C’était trop beau. Quinze jours après, le gérant du Globe déposait plainte contre le théâtre, au prétexte qu’il lui cachait la vue du puy de Dôme ! Il fallut obtempérer.


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Les quatre gônes de la troupe s’exprimaient avec un authentique accent lyonnais. Elle comprenait Burillon lui-même pour Guignol, sa jeune femme pour Madelon, Gnafron, un pianiste et avait signé un contrat de quatre mois. Il fallait donc l’honorer et trouver un nouveau local. Burillon dénicha une écurie disponible 13, rue Sainte-Claire, fit enlever le fumier, blanchir les murs, installer une estrade, des sièges bon marché et aménager un bar.

Huit jours plus tard, le Modern guignol lyonnais, encore un peu odorant, ouvrait ses portes. Nouveau succès. Les gônes rachetèrent l’affaire : "Je la leur cédais sans perte, mais sans bénéfice. Ils étaient braves et avaient besoin de gagner leur vie", expliqua Burillon.

Ils tinrent plusieurs années. Epris de son art, Burillon ne se contentait pas de morceaux du répertoire. Il rajeunit les personnages, gomma leurs aspects surannés, lança Chante Clermont !, une revue locale, mi-féerique, mi-d’actualités. Aymé Coulaudon raconte :(*) "Dans la longue suite de tableaux où Guignol avec son salsifis ou cotivet, et Gnafron, avec son chapeau tromblon en poil de lapin et son tablier de cuir de joyeux regrolleur, jouent le premier et le deuxième compères, on verra défiler Clermont la nuit, ainsi que les personnages de l’actualité locale, comportant, outre la balade des agents cyclistes, un duo sentimental entre les eaux de Royat et le vin d’Aubière, et encore une protestation de Guignol contre le tarif des tramways, porté à trois sous".

Tony Tardy compose une foule de parodies de pièces connues (la Fille du tambour major, Sans le sou, Monsieur Sans-Gêne), des pièces d’actualité (les Français au Maroc), des arrangements de contes, des vaudevilles (Les deux Madelons, la Belle-mère enragée), qui faisaient hurler de rire petits et grands. Il s’inspira aussi de Jules Verne et de Georges Méliès. La presse locale chantait les louanges de l’établissement. Tout allait pour le mieux, mais... JB. Sallat a raconté la fin de l’histoire : "Un jour, Guignol vint me conter sa peine. Gnafron, paraît-il, avait enlevé Madelon ". Pour raisons amoureuses, le théâtre était désorganisé, fini. Impossible de remplacer de tels artistes ! Le 13 de la rue Sainte-Claire a fermé ses portes et Guignol s’en est retourné à Lyon, passage de l’Argue, pour jouer les rôles qu’il savait si bien tenir.

 

(*) Clermont sous le Second Empire.