Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/09/2000

Peut-on vraiment parler d’une communauté juive ? Oui et non. Il semble plus exact d’employer le pluriel, tant il est vrai que plusieurs communautés se sont succédé, sans véritable continuité. Avec Les juifs de Clermont, une histoire fragmentée (1), Dominique Jarrassé (2) apporte une contribution importante à la constitution de la mémoire collective de la ville.


A quelle date remonte la première implantation clermontoise ? Difficile à dire, tant les documents sont rares et discontinus. L’existence d’un groupe de juifs est attestée dès le Ve siècle et sa dispersion en 576, lorsque l’évêque Avit leur impose le choix entre la conversion et l’expulsion.

En revanche, il n’existe aucune trace écrite des persécutions engendrées par les croisades, les épidémies et la guerre de Cent ans. Ce mutisme, qui contraste avec la surabondance de témoignages sur les autres provinces pose question, d’autant que la présence des juifs au XIIIe siècle est localisée à Fontgiève, au pied de Montjuzet. Ils sont rabbins, artisans charpentiers, commerçants en vin, épices, cire, chevaux et bovins. Le siècle des lumières n’est pas totalement exempt de préjugés à leur égard, les Révolutionnaires leur reprochant de n’avoir rien fait pour la liberté et de délaisser la chose publique. La communauté, de taille moyenne, compte plus de cent membres en 1872. Ils habitent rues des Gras, des Chaussetiers, place Saint-Pierre et dans les faubourg alentour, rues Fontgiève, Sainte-Rose et Champgil, sont colporteurs, (mais tous les colporteurs ne sont pas juifs) ou commerçants. Les conseillers municipaux assurent qu’ils sont "sans reproche", ils obtiennent le droit d’installer leur cimetière dans le quartier de la Morée et se dotent, en 1862, d’une synagogue, rue des Quatre-Passeports, autant de signes d’une intégration réussie. Mais fragile.

Le renouveau du catholicisme qui accompagne le Second Empire, se traduit par un mépris du judaïsme, et face à la réussite rapide de quelque juifs, l’antisémitisme se développe, attisé par l’affaire Dreyfus. Il va proliférer tragiquement sous le régime de Vichy, qui applique dès 1940 un programme en cinq points : recensement (les listes sont communiquées à l’occupant), assignations à résidence, expulsions, aryanisation des biens et déportations. Les premiers touchés sont les juifs étrangers et naturalisés de fraîche date, mais 1942 sonne l’heure du danger pour tous. Les "ramassages " les plus importants se déroulent en août, février et mars de l’année suivante, d’autres visent l’Université de Strasbourg repliée à Clermont et des familles isolées. Les prisonniers sont emmenés à l’école Amédée-Gasquet et au camp F, situé près de Gerzat, puis chargés dans des wagons à bestiaux. Direction Drancy, Auschwitz : le même itinéraire sinistre pour tous. Sans être totalement exemplaire, la réaction des Auvergnats mérite d’être nuancée, car les Clermontois ont souvent manifesté leur solidarité active, surtout à partir de 1942 et sauvé des vies.

Après la Libération, la vie de la communauté a été vivifiée par l’arrivée des Juifs d’Algérie, et l’acquisition d’un vaste local, rue Blatin, devenu synagogue.
L’ancienne synagogue, fut restauré et est aujourd’hui un centre culturel

 

(1) édité aux Presses universitaires de France, collection Etudes sur le Massif central, 278 pages, 180F (27,44e).

(2) professeur à l’Université de Bordeaux III, il a enseigné plusieurs années l’histoire de l’art à la faculté des Lettres de Clermont-Ferrand.