Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/10/1997

Depuis ses origines, le théâtre répond à des désirs personnels et des besoins sociaux complexes. Il rompt la monotonie de l’existence, développe certaines vérités et diffuse même un enseignement. Il a fait ses premiers pas dans la rue avant qu’un bâtiment ne lui soit enfin réservé.


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Existe-t-il des lieux prédestinés ? Au Moyen Age et au-delà, la place du Terrail accueillait mystères et moralités. Aujourd’hui, les comédiens y présentent des spectacles de rue (Pascalines 1994).
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La protection du roi est indiquée sur cette affichette du XVIIe siècle. Collection B.M.I.U.

Augusto Nemetum (c’est l’ancien nom de notre ville) posséda-t-elle vraiment des arènes dans lesquelles nos ancêtres assistaient aux spectacles, comme le suggère Ambroise Tardieu ? Une hypothèse séduisante, mais non vérifiée. Or, l’histoire se nourrit de preuves. La plus ancienne trace écrite relative à un spectacle remonte au 6 mai 1392. Ce jour là, le chanoine Jean Lacmeuhl demanda une subvention pour monter une représentation de la Passion, qui fut donnée prés de la porte des Gras. Mais la plupart des « mystères » se déroulèrent sur la place du Terrail. A Clermont, le clergé qui dominait la vie publique, se méfiait des comédiens, parce qu’ils détournaient souvent le sens des saynètes religieuses.

En 1495, un incident grave mit aux prises les deux autorités de la ville, la religieuse et la laïque, à cause d’une "moralité", qui contenait des propos désobligeants envers les chanoines. Progressivement, les farces remplacèrent les mystères. Ces pièces comiques étaient souvent irrespectueuses envers le pouvoir. Au XVIIe siècle, Clermont-Ferrand, devenue "ville principale et capitale de l’Auvergne", vit affluer des troupes de comédiens ambulants. Certains prétendent que Molière serait venu jouer dans nos murs avec la troupe de Charles Du Fresne.

A cette époque, les comédiens dressaient eux-mêmes leur théâtre sur une place ou dans la salle du Jeu de Paume, rue des Gras. Pendant la tenue des Grands Jours, en 1665, "des comédiens de campagne" vinrent "donner du divertissement à ceux qui donnaient de la terreur à tout le monde". Le président, M. de Caumartin s’indigna de leur insolence. Une fois de plus, les artistes avaient fait preuve de hardiesse de langage et d’esprit critique. A cette époque, on donnait au collège des Jésuites – notre ancien lycée Blaise Pascal – des spectacles sérieux destinés à éduquer la jeunesse, mais réservés à un public d’élite (il fallait comprendre le latin).

En 1729, les Intendants de la province et les magistrats de la Cour des Aides créèrent une Académie de musique dans les dépendances de l’Hôtel de Ville. Vingt ans plus tard, l’intérêt pour la musique avait décliné, laissant un vide dans la vie culturelle et sociale. Et le théâtre ? Bien sûr, mais il fallait une salle. Elle ouvrit ses portes en 1759 sur le bord de l’ancienne place de la Comédie, notre actuelle place Thomas. La bonne société fréquenta ce lieu, mais aussi un public populaire. La première s’offrait des places à trente sols, le second, à douze sols.

La première vraie salle de spectacles connut une vie intense et agitée, ponctuée de longues files d’attente et de bagarres entre les spectateurs du parterre et les officiers de la garnison. La vie du théâtre, dont nous poursuivons ce récit dans la fiche historique du mois de novembre, ne faisait que commencer.