Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/12/1999

On a commencé parler de la terreur de l’an mil seulement à partir du XVe siècle. Un fait historique étayé par de rares documents, comme le souligne Georges Duby, qui, sans nier son existence, donne de son ampleur rétrospective une explication plus nuancée : "Cette description répond au mépris que professait la jeune culture d’occident à l’égard des siècles sombres et frustes dont elle sortait, qu’elle reniait pour regarder, par delà ce gouffre barbare, vers l’Antiquité, son modèle" (*).
Au moment où nous allons vivre le passage dans le troisième millénaire, accompagné de festivités, mais aussi d’inquiétudes, notamment informatiques, liées aux risques du bogue, il nous a paru intéressant de faire un grand bond dans le temps. Mille ans en arrière. Cela se passait il y a fort longtemps, sous réserve !


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Le vitrail (contemporain) de l’Apocalypse de la cathédrale de Clermont-Ferrand, conçu par Alain Makaraviez.
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Gerbert, médaillon de bronze, abbatiale Saint-Géraud, Aurillac.

En l’an 999, Gerbert d’Aurillac, Auvergnat formé à Barcelone, homme hors du commun et partisan d’une église sans frontières, devient pape sous le nom de Sylvestre II, par la volonté de l’empereur Otton III. Le comté d’Auvergne, qui fait partie du duché d’Aquitaine, est encore "antique", sauvage avec ses forêts et ses hauts plateaux balayés par les vents, ses rivières indomptées, ses gorges inaccessibles, un habitat dispersé (*).

Depuis quelque temps, plus rien ne va comme avant. L’évêque Etienne II apparaît comme la seule autorité réelle de la province en pleine mutation féodale, comme l’ensemble du pays. Mutation structurelle, mentale et morale. Tout bouleversement engendre des angoisses sur l’avenir. Plusieurs chroniqueurs rapportent des événements troublants, analysés comme autant de signes : tremblement de terre, passage d’une comète au sillage fulgurant et effrayant (par une fracture du ciel serait apparue l’image d’un serpent), chute de météores, éclipse de soleil, sécheresse désastreuse et pluies diluviennes. A ce dérèglement cosmique font écho de graves incendies, des crimes, une famine dévastatrice, une épidémie meurtrière ("le mal des ardents" s’allume en Limousin). Dernier signe du dérèglement général : la destruction du Saint-Sépulcre. De là à relier ces événements, à les analyser comme une punition divine à l’impiété grandissante, qui favorise le développement d’hérésies et sectes, il n’y a qu’un pas.

L’abbé Abbon rapporte qu’il entendit prêcher au peuple que l’Antéchrist viendrait à la fin de l’an mil et que le Jugement dernier suivrait de peu. L’abbé Adson assure que ce jour n’adviendrait pas avant que tous les royaumes du monde ne soient séparés de l’Empire romain. Pour les lettrés de cette époque, le destin du monde paraissait donc lié à celui de l’Empire. Le comportement d’Otton III pendant ces années, son esprit de pénitence, sa volonté de rétablir dans Rome le siège de l’Empire et de rénover son organisation sont interprétées comme des mesures destinées à conjurer un imminent péril. Les avis sont donc partagés, mais un même sentiment de malaise et d’attente envahit la conscience collective durant toute la période qui a précédé et suivi l’an mil. La montée des périls supposés provoque des mesures d’exclusion.

L’antisémitisme se développe (à Limoges, les juifs doivent se faire baptiser ou quitter la ville), la superstition fait rage, les faux prophètes sont légion. L’époque rougeoie de l’éclat des bûchers, censés développer des vertus purificatrices. L’usage se répand de se retirer du monde pour préparer sa mort. A Clermont, toute personne aisée laisse par testament quelque chose à l’évêché, pensant par ce legs pieux, faciliter son passage à la vie éternelle. Les prélats organisent la "paix de Dieu", incitant l’ensemble du peuple à observer des règles monastiques. Mais, à peine passé l’an mil, les chrétiens songent à l’an 1033, anniversaire de la mort du Christ et convergent toujours plus nombreux à Jérusalem. En 1095, Urbain II prêche la première croisade à Clermont, sur le Champ d’Herm.

 

(*) L’an mil de Georges Duby, éditions Folio histoire.