Ville de Clermont-Ferrand

Fiche du : 01/11/2000

Qui était Léon Garmy ? Une grande figure de la Résistance, alias Noël pour ses compagnons de clandestinité, dont une place perpétue le souvenir dans le quartier de la gare, où il habitait.


Aux Chemins de Fer, Léon Garmy est apprécié et promu à un bel avenir. Idéaliste, patriote, révolté par la drôle de guerre, puis par l’occupation, il cherche "ce qu’il pourrait faire en s’unissant". Une rencontre avec son ami Eugène Ollier en novembre 1942 change le cours de son destin. "Ils étaient une poignée d’hommes dans l’arrière boutique d’un petit café, ceux qui devinrent par la suite les grands chefs de la Résistance régionale", rapporte l’épouse de Léon Garmy dans le journal de bord de son mari, qu’elle a reconstitué après la Libération.

Résistant de la première heure, responsable du mouvement Résistance-Fer, Léon Garmy appartient au Mouvement ouvrier socialiste (Mos), Mouvement uni de la Résistance (Mur), à l’Armée secrète (AS) et au 2è bureau. À quarante ans, il côtoie des hommes beaucoup plus jeunes que lui. "C’était une sécurité pour nous, parce qu’il était pondéré et organisé", rapporte Edmond Leclanché, qui ajoute : "Mon frère le considérait comme très valeureux". Noël organise le départ au maquis des jeunes gens qui ne voulaient pas partir en Allemagne et au Service du travail obligatoire (STO), il donne les renseignements indispensables pour le sabotage des voies ferrées, du centre de réparation des locomotives, et participe lui-même à des expéditions avec ses fidèles compagnons Irma (Labaune) et Buron (Camille Leclanché). L’enjeu est d’importance puisqu’il s’agit de retarder les transports de troupe de l’occupant. Traqué par la police française, il quitte son domicile en octobre 1943.

Victime d’une dénonciation, il est arrêté le 11 janvier 1944 par la Gestapo, torturé avenue de Royat, puis emprisonné et à nouveau torturé à Vichy, au 125, boulevard des Etats-Unis par les hommes de Batissier. Il écrit de nombreuses lettres, des poèmes, des chansons, qu’il réussit à faire parvenir clandestinement à son épouse. L’inspecteur de police Jeanjean, qui a été son compagnon de cellule, lui a raconté qu’en juin 1944, "on sentait que c’était la débâcle, nos bourreaux faisaient la malle. Noël me dit : On sera peut-être délivrés par la Résistance, ou alors… ", avant d’ajouter : "Il m’a raconté un tas d’atrocités… Je le confesse, j’ai tout fait pour oublier ces horreurs".

Le 14 juillet 1944, Noël écrivait : "Quelles sont vos pensées, mes chers camarades , qui, dans les prisons de France ou dans les camps de concentration, loin de chez vous, souffrez en attendant un retour tant désiré ? Y a-t-il de la rancœur, du regret, de l’inquiétude ? Non, vous pensez comme moi que ce 14 juillet sera le dernier de nos souffrances, que le prochain sera celui de la victoire et de la paix". Le 10 août, Noël est conduit dans les locaux du 92e Régiment d’Infanterie et emmené dans une voiture, qui revient sans lui. Nul ne l’a revu. Son corps n’a jamais été retrouvé, comme pour Camille Leclanché, qui a été emprisonné lui aussi à Vichy.

Rien n’empêchera la mise en œuvre du Plan vert, destiné à empêcher la remontée par le train des troupes allemandes de la zone sud, au moment du débarquement. Dans la nuit du 5 au 6 juin, il y eut quatre-vingt dix-sept coupures de voies ferrées sur la région. Les cheminots ont payé un lourd tribu : 8938 morts, dont 1157 en déportation pour faits de résistance.